Tous ceux qui critiquent la monnaie unique européenne, dont le nom a été astucieusement changé de «Ecu» en «Euro», sont soi-disant «contre l'Europe»: voilà la grande tromperie que nous ne cesserons jamais de dénoncer.
L'Europe en effet existait bien avant les Traités de Maastricht et d'Amsterdam. Sans remonter à ses origines mythologiques, elle a été bâtie par le Moyen Age chrétien; elle repose sur les bases du christianisme, et coïncide avec la Civilisation chrétienne, dont les frontières se sont élargies bien au delà du vieux continent.
Sa force et sa richesse sont les nations, nées des institutions familiales, selon un processus de vraie "construction" qui, de la première cellule de la société, qui est la famille, arrive jusqu'à cette société «parfaite» qui est l'Etat. La famille et l'Etat constituent, comme I'a déjà souligné Pie XII dans son discours du 20 février 1946, les colonnes de toute société humaine: colonnes irremplaçables, parce qu'elles découlent de la nature même de I'homme.
L'Europe de Maastricht et d'Amsterdam se propose d'en finir avec les Etats nationaux et, indirectement, avec les familles, aux moins les familles traditionnelles fondées sur I'union monogame d'un homme et d'une femme (cf. I'art. 6 du Traité d'Amsterdam, qui vise à la Iégalisation du mariage homosexuel). Son but déclaré est la stabilité des prix en Europe, mais ses effets, selon les économistes les plus avertis, iront dans le sens opposé: la crise économique et I'anarchie financière.
Des problèmes énormes se dessinent à I'horizon de l'Euro, à partir de l'étranglement de la classe moyenne européenne, privée de son patrimoine de valeurs avant même d'être privée de ses ressources matérielles. En effet, le taux de chômage augmente en Europe, et est condamné à augmenter avec la monnaie unique, tandis que la pression fiscale ne diminuera pas. Mais cet appauvrissement économique n'est que la conséquence directe d'un bien plus grave appauvrissement spirituel.
«La vieille Europe, qui souhaite devenir une famille de nations, semble s'être appauvrie» a affirmé le Pape Jean Paul II à Salzburg le 19 juin dernier, lors de son dernier voyage en Autriche, dénonçant le danger de la sécularisation croissante.
Le Pape est-il contre l'Europe? Il est certainement opposé à l'Europe sécularisée et mercantile que les médias et plusieurs hommes politiques nous proposent comme modèle; mais il affirme sa fidélité à la «vieiIle Europe», qui cherche à nouveau «un visage chrétien».
On pourrait bien sûr discuter sur la conception de «chrétienté» de Jean Paul II, mais il s'agit d'un débat qui ne change rien au coeur du problème: I'antithèse entre une conception de l'Europe fondée sur le respect des principes et des institutions traditionnelles, telles que les familles et les nations, et la vision des «eurofanatiques», fondée sur le culte de la monnaie et du marché global.
Nous ne renoncerons donc pas à la distinction entre la vraie et la fausse Europe. La première plonge ses racines dans notre culture et notre histoire; I'autre est une construction, ou plutôt une destruction, née des utopies anciennes et nouvelles de la gauche et du progressisme internationaux.
R.d.M.