Le danger de la mondialisation de l'économie


Ceux qui n'ont cessé ces dernières années de nous vanter les mérites et les avantages de la mondialisation de l'économie sont bien obligés aujourd'hui de déchanter. La crise asiatique, révélée voici déjà un an par la dévaluation du bath thaïlandais a touché successivement I'lndonésie, la Corée du Sud et la Malaisie, obligées à leur tour de dévaluer leurs monnaies.

Elle a également fragilisé des pays beaucoup plus solides comme le Japon (dont les banques sont dans I'incapacité de recouvrer leurs énormes créances), Singapour ou la Chine (affectées par I'effondrement du marché immobilier de Hong-kong), avant de toucher quelques mois plus tard d'autres pays plus éloignés comme la Russie, le Brésil (dont le déficit public est supérieur à celui, gigantesque, de I'État russe) ou le Venezuela (dont I'économie dépend en grande partie des exportations de pétrole, le prix du baril est aujourd'hui a son niveau de 1972, avant les deux chocs pétroliers). La plupart des pays d'Amérique latine souffrent de la baisse du prix des matières premières, conséquence de la crise asiatique. Même les États-Unis en subissent le contrecoup. Dès le 20 août les places boursières américaines connaissent des véritables journées noires.

L'Europe s'est d'abord crue à I'abri de la tourmente, d'autant que les capitaux, fuyant les pays à risques, sont venus se réfugier dans des pays à I'économie plus stable. Mais la récente crise financière en Russie et la dévaluation du rouble (qui risquent de précipiter le pays vers la banqueroute) ont frappé de plein fouet la bourse de Francfort. Dès la fin de la semaine dernière, la plupart des places boursières du Vieux Continent ont été affectées. Les investisseurs ont vendu les titres des banques allemandes qui ont prêté trop d'argent à la Russie. Et pourtant les risques encourus par les banques occidentales sont beaucoup plus grands en Asie qu'en Russie. Ce qui revient à dire que le pire est devant nous.

En Espagne, de grandes sociétés cotées en Bourse comme Telefonica, Banco Santander ou Banco Bilbao Vizcaya sont très inquiètes, car elles ont acheté au cours de ces dernières années des entreprises latino-américaines de plus en plus affectées par la dépression des économies asiatiques.

La crise, si I'on en croit «Le Monde» du 21 août, serait comparable à celle que nous avons connue dans les années 30. «La plupart des analystes, précise notre confrère, s'accordent à reconnaître qu'ils en avaient jusqu'à présent sous-estimé la gravité et sont aujourd'hui convaincus que la récession y sera plus profonde et plus longue qu'ils ne l'avaient initialement prévu. Elle devrait aussi ouvrir un impact plus important qu’envisagé sur le reste du monde, sur les pays industriels en particulier

«Le Monde» se veut encore optimiste pour I'Europe sous prétexte que les économies du Vieux Continent auraient fait preuve de sagesse dans I'optique de I'union monétaire. Mais les poncifs de la pensée unique résisteront-ils encore longtemps aux dures réalités d'une économie mondiale devenue incontrôlable?