Au cours de cet été, les Etats Unis ont découvert un ennemi public numéro un: Osama bin Laden, I'homme d'affaires saoudien qui, à la tête d'une multinationale de la terreur, mène sa Jihad ("guerre sainte") privée contre les infidèles dans le monde entier.
La possibilité d'une vague de terrorisme islamique aux Etats Unis a été évoquée au cours des dernières semaines par de nombreux experts comme Boaz Ganor, directeur de l'Institut pour la lutte contre le terrorisme de Herziliya, près de Tel Aviv. L'ennemi de cette guerre n'est plus localisé dans un endroit géographique précis, comme I'était auparavant Moscou, mais semble être omniprésent et presque invisible, capable de frapper les tours jumelles de Manhattan ou tout citoyen américain n'importe où il se trouve. Le Minisitre de la Défense des Etats Unis, William Cohen, au cours d'une interview donnée le 23 août lors du programme Meet the Press de la NBC, a défini le terrorisme islamique comme "le fléau d'aujourd'hui et du futur" en évoquant des scénarios dramatiques pour l'Amérique. Cependant, le président Clinton, dans son message à la nation du 20 août a mis sous accusation le "bin Laden Network" (le réseau de bin Laden) sans jamais I'associer au terme d' "islam" ou d' "islamisme".
La "découverte" du nouvel ennemi par les Etats Unis suscite donc bien des perplexités. En effet, si le terrorisme islamique est agressif et ramifié dans le monde entier, c'est en partie une conséquence du soutien politique et économique, que l'Islam a reçu, et continue de recevoir, de l'Amérique. Alexandre Del Valle en a fourni les preuves d'une manière excellente dans son livre Islamisme et Etats-Unis. Une Alliance contre l'Europe (L'Age d'Homme, Lausanne 1997).
Nous apprenons maintenant que Osama bin Laden "s'exerça aux armes avec des dizaines de milIiers de mujahedins (...) dans un camp géré à Istambul par la CIA " ("la Repubblica", 9 août 1998), pour laquelle il avait travaillé ("la Repubblica", 22 août 1998). D'autre part, ce n'est pas un mystère, que les importantes sommes d'argent avec lesquelles bin Laden finance son "Front International Islamique" proviennent en grande partie de ses activités financières surtout dans le monde occidental (Grande Bretagne, Allemagne, Italie, Croatie).
Il y a seulement quelques mois, comme le rappelle le "Wall Street Journal" du 24 août, le couple Clinton a organisé officiellement une réception pour célébrer la fin du Ramadam. Le monde islamique américain était présent à la Maison Blanche au grand complet, y compris les membres du "Muslim Public Affairs Council" et du "Council on American Islamic Relations". Les premiers, ainsi que les deuxièmes, appuyèrent directement ou indirectement les terroristes islamiques dans le monde. Le "Council on American Islamic Relations", par exemple, critique comme "raciste" et "discriminatoire" I'utilisation du terme "fondamentalisme islamique" et définit comme "préjugés" les accusations portées contre le scheik Omar Abdul Rahaman, inspirateur probable de I'attentat meurtrier au World Trade Center de New York ("Wall Street Journal", id.). En réalité le terrorisme islamique est une application cohérente de la Jihad, et le soi-disant "fondamentalisme" n'est pas une déviation de l'Islam mais sa cohérente orthodoxie. Le vrai problème est donc I'illusion américaine consistant à "utiliser" l'Islam comme instrument en méconnaissant tout à fait sa doctrine et sa stratégie. Le sommet du machiavélime et celui de I'ingénuité coïncident parfois dans I'histoire, mais cela peut avoir des conséquences catastrophiques.
R.d.M.